|
David Boulanger, peintre. Il commence. Comme il se doit, c’est par une colère qu’il commence. Puisque - le faire-part est rabaché depuis des années -, puisque la peinture est morte, c’est à la peinture qu’il a fait le choix d’avoir affaire, c’est avec la peinture qu’il se coltine. Le choix n’a rien d’évident. Faire à vingt ans et des poussières un tel choix, pied de nez à une convention, c’est d’emblée passer pour ringard, c’est d’emblée être anachronique. (En tout cas aux yeux des autorités administratives officielles qui exercent leur tutelle sur les arts. Elles n’éprouvent, ne peuvent éprouver que de la condescendance pour qui prétend peindre. Elles n’acceptent et ne peuvent entériner que les preuves qui vérifient leurs certitudes.) Peu lui importe. Il n’a que faire d’être mal vu. Ou pas vu du tout. Parce que, il le sait, ceux qui ne le voient pas, ne voient rien. Parce que, il le sait, la peinture est une exigence dont peu admettent qu’elle soit presque une ascèse. Il commence. Il peint. Il veut peindre. La peinture est son souci. Son seul souci. Ce qui implique autant d’humilité que d’audace. Avec les défis et les doutes qui accompagnent l’une et l’autre. Il les assume. Parce qu’il lui a fallu, parce qu’il lui faut sans cesse se donner tous les moyens que recquiert la peinture. Nécessité de la lucidité et de l’inconscience. Nécessité de la patience et du culot. D’où les heures passées devant une toile d’un Courbet, d’un Rembrandt, d’un etc., à se demander comment est fichue une ombre, comment se met en place cette transparence, comment… Il sait que la peinture a dû passer, passe par cette étude qui est déférente et inquiète. Comme il sait que la peinture exige qu’il prenne des risques. Et il les prend. Ce que cette exposition met en évidence. La première d’un peintre qui s’est donné les moyens d’être le peintre qu’il a fait le choix d’être. Pascal Bonafoux (Catalogue de l'Exposition Toiles et terres)
|
|